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- Nobel gore -
Editorial du 15 octobre 2007
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  Le GIEC pour la modélisation du changement climatique et Al gore, en quelque sorte pour sa médiapolitisation (1), ont obtenu, vendredi 12 octobre, le prix Nobel de la paix 2007. Plus exactement, "pour leurs efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l'homme et pour avoir posé les fondements pour les mesures nécessaires à la lutte contre ces changements" selon la déclaration du président du comité Nobel norvégien, Ole Danbolt Mjoes (2). Très "gore" cette justification, à la fois culpabilisante pour le développement économique passé et condamnatoire pour le développement futur basé sur des ressources d'un même type: charbon et pétrole principalement.

C'est un Nobel de guerre et pas de paix, car ni l'humanité en général, ni la Chine et autres pays émergents en particulier ne pourront se passer de ce type de ressources. Ainsi, le 9 octobre la plus grosse introduction en bourse jamais effectuée en Chine continentale s'est opéré à Shanghai et visait la "China Shenhua Energy", premier producteur chinois de charbon: "ce combustible représente 70% de l'énergie consommée contre 50% aux Etats-Unis" (3). La Chine, les Etats-Unis et la Russie avaient déjà manifesté leur contrariété contre certaines conclusions du GIEC et obtenu des modifications (4). L'urgence est toujours évoquée alors que le rapport indique que les émissions "passées et futures de CO2 continueront à contribuer au réchauffement et à l'élévation du niveau de la mer pendant plus d'un millénaire", du fait de la durée de vie des gaz à effet de serre dans l'atmosphère (5). De même les prévisions les plus affirmées du GIEC, celles qualifiées de très probables ou très vraisemblables, ne s'auto évaluent qu'à plus de 90% de probabilité de se réaliser alors qu'en statistiques une probabilité n'est considérée comme significative que si sa mesure (et non une simple évaluation prédictive) atteint 95% (et donc non significative en-dessous), hautement significative à 99% et très hautement significative si sa mesure atteint 99,9%!

    Quant au documentaire de Al Gore, le juge Burton de la haute cour de justice de Londres en proclame d'abord le caractère politique plutôt que scientifique (6) et ce suite à une plainte contre sa diffusion sans réserve ou mise au point dans les écoles britanniques. Neuf erreurs ou approximations y sont notamment relevées par cette cour de justice dont la disparition annoncée du Gulf stream, l'alarmisme quant à la rapidité et la hauteur de remontée des océans, l'existence d'autres causes plus vraisemblables à l'assèchement du lac Tchad ou à la fonte des neiges du Kilimandjaro "comme l'accroissement de la population, ou le pâturage intensif, ou des variations régionales du climat", etc.

Le climat n'a jamais été stable, il a toujours varié comme en témoigne la succession de périodes plus froides et plus chaudes voire carrément glaciaires et tropicales, au gré de la dérive des continents et de la tectonique des plaques, des variations de l'orbite terrestre autour du soleil, d'éruptions volcaniques ou de chutes météoriques de plus ou moins grande envergure, de la variation de l'activité solaire au niveau du rayonnement ultraviolet, etc. A l'échelle des temps géologiques, deux glaciations sont détectées au Précambrien, un réchauffement progressif pendant le Secondaire, un lent refroidissement tout au long du Tertiaire et quatre glaciations principales au Quaternaire (Encyclopédie Universalis, 2005). Des pulsations climatiques nombreuses et plus fines sont mises en évidence par les paléobotanistes par des études palynologiques et mettent en évidence par exemple des régressions et expansions de la forêt tropicale correspondant à des alternances de périodes plus froides et plus sèches (interpluviaux) avec des périodes plus chaudes et plus humides (pluviaux) dans l'Holocène actuel. La démographie humaine a pu accélérer ou ralentir ces mouvements naturels. Des changements abrupts sont aussi reconnus comme récurrents et ont pu être aussi spectaculaires que des élévations de température de près de 16°C et de doublement des précipitations en quelques décades mais dont les causes restent incertaines (7). Les populations humaines s'y sont adaptées par de nouvelles pratiques d'agriculture ou d'élevage, par l'irrigation ou carrément en émigrant de régions devenues trop hostiles. "...la planète Terre se fiche que sa température de surface varie de quelques degrés..., la biodiversité a connu bien des crises...et après chacune d'elles elle fut encore plus diversifiée...Ainsi donc, si l'on se place sur le plan global, une crise n'est pas une malédiction, c'est une bénédiction!" (8). L'humanité fait partie de cette planète et s'intègre à son destin, à celui des mammifères qui ont succédé aux dinosaures à la tête de la biosphère.

Ce Nobel politique proclame donc en écho du matraquage médiatique une nécessité de réduire voire renoncer au pétrole et au charbon sur base de prédictions dont le degré de confiance au sens statistique reste faible à nul et dont certaines sont médiatiquement et politiquement manipulées et condamnées comme telles par la haute cour de justice de Londres. A un moment où de nouveaux besoins et opportunités croissantes de développement se manifestent. Chine, Russie, USA et même l'humanité tout entière s'en voient ainsi culpabilisés dans leur Histoire, leur présent et leur avenir. C'est plus qu'énervant, c'est très contrariant et comme tel susceptible de créer ou d'exacerber des tensions, des conflits d'intérêt majeurs, des guerres.

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(1) Promoteur et acteur central du film Une vérité qui dérange (An Inconvenient Truth), de Davis Guggenheim, oscar du meilleur documentaire en 2006.
(2) lemonde.fr; 12.10.2007. Le Nobel de la paix décerné conjointement à Al Gore et au GIEC.
(3) BusinessWeek, in Le Point n°1830 du 11.10.2007. Le charbon a la cote. Brian Hindo.
(4) lexpress.fr; 6.04.2007. Giec: sombre avenir pour la planète. Marion Festraëts.
(5) nouvelobs.com; 13.10.2007.Les principales conclusions du GIEC (relatives au 4e rapport du 2.02.2007).
(6) lemonde.fr; 12.10.2007. Un juge britannique émet des réserves sur le documentaire d'Al Gore.
(7) National research council; 2002. Abrupt climate change. Inevitable surprises. National academy press, Washington DC: 230 pp
(8) DE WEVER, P.; 2007. Le passé nous tend des pièges. In: Biodiversité. Les menaces sur le vivant. Les dossiers de la Recherche n°28, août 2007.